Inhibition symptôme et angoise (Sigmund Freud)

Dans son ouvrage intitulé « Inhibition, symptôme et angoisse », publié en 1926, Freud tente de comprendre chacune de ces notions, leur mode d’apparition, leur fonctionnement et leur relation.
  L’inhibition se définirait en tant que restrictions des fonctions du moi, soit par précaution, soit à la suite d’un appauvrissement en énergie. Le symptôme, au contraire, ne serait pas un processus au niveau du moi. Il serait indice et substitut d’une satisfaction pulsionnelle qui n’a pas eu lieu, suite au refoulement. Ce  mécanisme, auquel recourt le moi, aurait différentes finalités. D’une part, maintenir hors du champ de la conscience la représentation porteuse de la motion désagréable (p7). D’autre part, la transformation du plaisir de satisfaction attendue (de la motion pulsionnelle, activée dans le ça) en déplaisir  (p8), (angoisse par mutation de la libido, p73) . Cette première théorie sur l’angoisse ne peut être soutenue plus longtemps. En effet, comment du déplaisir peut-il résulter d’une satisfaction pulsionnelle? Et assimilé à un simple processus de retrait et d’éconduction (ref. au modèle de défense contre un stimulus externe), comment le refoulement peut-il produire du déplaisir ou de l’angoisse (p9)?
  Freud sort de cette impasse en déclarant qu’en influençant le principe de l’instance plaisir-déplaisir (p53), le moi inhibe, le processus d’investissement menaçant dans le ça (p8). De là, naît la seconde théorie de l’angoisse et fleurit un moi distinct de celui esquissé dans l’étude « Le moi et le ça ». Le moi travaille sous l’influence de la réalité externe. De cette particularité, il revient au moi de dominer l’accés à la conscience ainsi que le passage à l’action à l’égard du monde extérieur (p11).  Le moi, relié au ça et au sur-moi, est une organisation (p13), fondée sur le libre commerce et sur la possibilité d’une influence mutuellement exercée entre toutes ses parties constituantes. Autrement dit, toute action du moi génère des conséquences sur les autres parties, notamment sur le ça dans une tentative de fuite (p59). Son énergie est désexualisée et, par là même, rend propice son aspiration à la liaison et à l’unification. Cette contrainte de la synthèse ne cesse d’augmenter dès lors que le moi se développe en force (p14).
  Et parce que le moi est la partie organisée du ça, il est le seul à pouvoir juger des situations de danger (p54), et d’y associer l’angoisse (le moi est le lieu de l’angoisse, p9). Le danger est réel, lorsque l’objet du danger est connu ou encore névrotique dans le cadre d’une revendication pulsionnelle  (p80). La motion pulsionnelle présente un danger dès lors que sa satisfaction ouvre la voie vers un danger externe (p80). D’après le schéma précédent, le moi parvient, donc, à se soustraire du danger externe potentiel par des mesures prises contre des dangers internes. En effet, le danger externe n’aurait lieu d’être si l’individu ne nourrissait des sentiments et des intentions en son for intérieur (p59).
L’étude de la phobie du petit Hans, ainsi que de la peur d’être dévoré par le loup du russe (16 à 26) renseignent un peu plus sur l’angoisse. Tout d’abord, celle-ci apparaît dans un contexte de conflit ambivalentiel se caractérisant chez le petit Hans par une tendance tendre à l’égard de la mère et une tendance agressive contre le père (oedipe positif). C’est en brandissant ce signal, d’angoisse (p40), et plus précisément, de castration, que le  refoulement se voit  mobiliser, en tant que mécanisme défensif par le moi (p25). Ont bien pu jouer un rôle aussi bien la motion agressive que la motion tendre. Toutes deux étant, en général, entremêlées et rarement à l’état pur (p39).
Le refoulement opére, d’une part,  par déformation du contenu (être castré par le père). D’autre part, en y substituant un autre contenu d’angoisse (être mordu par le cheval; être dévoré par le loup). C’est ce déplacement, à proprement parlé, (remplacement du père par le cheval, par exemple) qui a valeur de symptôme (p19). Quand à l’angoisse de castration, dans la phobie, elle est non transformée, et survient devant un danger effectivement menaçant ou jugé réel (p24).
Il semblerait qu’il existe un lien entre la nature de l’angoisse et la situation de danger qui diffère selon le « stade » du développement libidinal, intellectuel, psychomotrice de l’individu (p53-55). Le développement permettant au moi de dévaloriser la situation de danger précédente et à la mettre à l’écart (p59).
Le tout premier développement d’angoisse chez l’homme se rapporterait à la naissance (situation traumatique) (p46). N’ayant aucun contenu psychique à cette période, le danger de la naissance serait identifié par le fœtus à partir de la perturbation économique de sa libido narcissique (p48), provoquée par des stimuli de plus en plus grandissant, requérant liquidation (désaide psychique) (p51). Au fur et à mesure du développement, lorsque le nourrisson expérimente qu’un objet externe peut mettre fin à la situation de danger, se produit un déplacement du contenu du danger de la situation économique à sa condition (la perte d’objet). En conséquence, l’angoisse peut être maintenant reproduite de manière intentionnelle, en tant que signal du danger, et n’est plus une simple manifestation automatique (p51), d’où un déplacement de la réaction d’angoisse de la situation de désaide à l’attente de celle-ci (p79).
  Pour Freud, la situation de danger de réel (externe) devient significatif pour le moi à la suite d’une « intériorisation » permettant de l’approcher à une situation vécue de désaide (p80). Toutefois, le processus d’intériorisation semble mis à mal, ou remis en cause, dans les phobies d’animal. Le danger paraît encore totalement ressenti par le moi comme un danger extérieur à la différence des autres névroses (p59). Peut être est-ce en raison de ce facteur que l’angoisse est totalement avouée dans la phobie (p38).
L’angoisse en tant qu’angoisse de castration (dans les névroses) peut réellement être redoutée puisque l’expérience quotidienne de la séparation d’avec le contenu intestinal et de la perte du sein maternel, vécue lors du sevrage se soldent par la formation d’une représentation (ou contenu) sur le plan psychique, contrairement à l’angoisse de mort (ref aux névroses traumatiques). Raison pour laquelle, Freud suggère de la concevoir comme un analogon de l’angoisse de castration (p44).
L’angoisse de castration s’avère toujours d’actualité même chez la petite fille, qui est, manifestement, dépourvue de l’organe génital masculin. Cela en réaction, non pas à l’absence éprouvée (p50) ou à la perte de l’objet (ref. à Ferenczi, p52), mais, à la perte d’amour de la part de l’objet (p56).
Le refoulement implique, cependant, des inconvénients (ref. à la formation de symptôme). En étant exclue de l’organisation du moi, la motion pulsionnelle dangereuse acquiert de l’indépendance. Et soumise maintenant aux seules lois de l’inconscient (le principe de plaisir), la motion pulsionnelle est poussée à la répétition. Cette fixation ne peut être supprimée que par la fonction librement mobile du moi (p66). L’issue de ce combat est, en fait déterminé, par les relations quantitatives de certains facteurs.  L’état de désaide et de dépendance longuement prolongé du petit enfant (facteur biologique), l’attraction exercée par les prototypes infantiles sur les motions pulsionnelles de la puberté, qui au lieu d’être conformes au moi les suivent dans le refoulement. Conséquence de l’interruption de la vie sexuelle de l’être humain (phase de latence), (facteur phylogénétique), (p67). Et pour finir,  relié au ça, le moi n’a d’autre choix que de restreindre sa propre  organisation et de s’adapter à la formation de symptôme, afin d’écarter défensivement le danger de pulsion (facteur psychologique), (p68).
Face à la contrainte de répétition du ça, le moi maintient le refoulement par une dépense permanente. Cette force du refoulement est éprouvée en analyse sous forme de résistance, avec un moi attaché à des contre-investissements.  Il s’agit d’une modification du moi par renforcement de l’attitude même qui est en opposition avec la direction pulsionnelle à refouler (p69). Dans la névrose de contrainte, il s’agit par exemple de la compassion, la scrupulosité, de la propreté (formation réactionnelle, p69). Dans l’hysthérie d’un excés de tendresse et d’anxiété pour une personne, mais plus encore de la scotomisation (Laforgue), (p70).
Les résistances sont au nombre de 5 selon Freud. Il cite les résistances du moi  (la résistance de refoulement, la résistance de transfert, ainsi que celle qui découle du bénéfice de la maladie et se fondant sur l’inclusion du symptôme dans le moi). La résistance du ça, responsable de la nécessité du perlaborer (phase d’effort et de contention qui succède à la résolution du moi d’abandonner « la » résistance). Et la résistance du sur-moi, issue de la conscience de culpabilité ou du besoin de punition, s’opposant à tout succés, et en conséquence à la guérison par l’analyse (p72).
Bien que le moi réagisse par de l’angoisse à la perte d’objet, selon Freud, la réaction propre semble le deuil, avec sa manifestation de douleur. En effet, à la naissance le bébé « exprime » de l’angoisse alors que la mère ne s’est pas encore constituée en tant qu’objet. En d’autres termes, pendant la vie intra-utérine l’objet n’existe pas (p52). L’objet naît chez le bébé suite aux satisfactions qu’il apporte. Et en situation de besoin l’objet absent est sur-investi, le bébé est pour lui « plein de désirance ». C’est à cela que se rapporte la douleur. Ainsi, face à la perte d’objet surviendrait le deuil. L’angoisse serait, tout d’abord, la réaction au danger que cette perte entraînerait. Puis, progressivement elle se déplacerait au dander de la perte d’objet, elle même (p83).