Les différents types de schizophrénies


"La" schizophrénie renvoie à un groupe de psychoses chroniques graves survenant chez un adulte jeune. Elles se caractérisent par la dissociation de l’unité psychique, le délire paranoïde, et le repli autistique. Et se distinguent dans leur mode d’apparition (formes de début), et selon la prédominance de certains symptômes sur d’autres (formes cliniques).
La schizophrénie peut se manifester brutalement, au moyen de différents symptômes tels que la bouffée délirante aiguë, des troubles de l’humeur, et du comportement. Néanmoins, ceux-ci s’accompagnent d’indices pouvant faire suspecter le diagnostic de schizophrénie.
En effet, la bouffée délirante aiguë vient s’inscrire, par exemple, à la suite d’un processus dissociatif déjà amorcé chez le sujet, ou encore l’anamnèse révèle l’existence d’une personnalité schizoïde.1) 2)
Les troubles de l’humeur sont atypiques car apparaissent, d’une part, un état d’excitation maniaque dépourvu d’une réelle tonalité affective et abondant d’incohérences, de bizarreries, et  de discordance (affective). D’autre part, un état dépressif relatif à un sentiment de vide intérieur et non à une douleur morale comme chez le mélancolique.
Les troubles du comportement au travers de passages à l’acte interpellent, quant à eux, par leur caractère absurde, violent, l’absence de motivation apparente (tentative de suicide, infanticide, parricide), l’ascendance du délire (fugue, voyage pathologique afin de fuir un persécuteur imaginaire, recherche d’un sauveur à l’autre bout du monde).
La schizophrénie peut, au contraire, être moins bruyante et survenir progressivement. Là encore la recherche d’indices est déterminante.
Ainsi, la schizophrénie peut survenir au travers d’un fléchissement scolaire en apparence anodin. Celui-ci  prend un tout autre sens lorsque il s’accompagne d’un désinvestissement des activités habituelles, et d’un engouement de plus en plus exclusif pour des activités marginales (ésotérisme, para-psychologie, magie, science fiction, jeux de rôle).
Un changement de caractère mérite, également, une grande attention, surtout lorsqu’il tend vers la morosité,  qu’une absence de plaisir est éprouvée à interagir avec autrui. Il en est de même pour des réactions colériques que rien ne semble justifier.
  Le "travestissement" de la schizophrénie peut aller encore plus loin. En effet, celle-ci peut arborer des symptômes d’apparence névrotique. Ainsi, le traditionnel symptôme d’anxiété porte sur des thèmes inhabituels (peur du cosmos, que le sommeil n’entraîne la mort). Et va même  jusqu’à prendre une allure pseudo-phobique lorsque le patient est convaincu d’être le centre d’une attention constante (idée de référence). Ainsi, le patient peut développer une agoraphobie du fait du sentiment d’être observé avec hostilité. Il a peur du regard des autres ou craint encore que les passants dans la rue devinent ses pensées. Les idées obsédantes et les  compulsions ne font pas l’objet d’une lutte anxieuse ni ne s’accompagnent de la reconnaissance du caractère absurde du comportement et des idées. Des symptômes pseudo-hystériques (théâtralisation, conversion) peuvent également inaugurer le début d’une schizophrénie. En effet, il ne s’agit plus de déployer différentes techniques pour attirer l’attention sur soi, pour séduire et jouer ou se jouer de l’autre. Le sujet est en décalage avec le monde extérieur auquel il ne parvient pas à s’adapter. Son excentricité est faite d’hermétisme, de  bizarreries de la pensée, du langage, du comportement. Sa personnalité est dissociée, en proie à l’angoisse de morcellement. Les préoccupations hypochondriaques prennent, elles aussi, un caractère particulier. Elles se font sous le sceau d’une conviction délirante. Le mauvais fonctionnement du corps, sa désorganisation sont dus, non pas à une maladie naturelle, mais à une influence xénopathique malveillante (délire de persécution). Le patient a, alors, des idées délirantes de maladie mystérieuse, des idées de négation, de destruction d’organes (syndrome de cotard), de possession démoniaque… (grande hypochondrie).
Des troubles du comportement alimentaire interpellent lorsque le patient fait une sélection bizarre de la nourriture. Ce comportement peut, en effet, être la résultante d’une activité délirante sous-jacente (refus de toute alimentation animale car croyance que ces produits sont encore vivants, que certains aliments peuvent l’empoisonner, le faire pourrir de l’intérieur.
Enfin, les prises de toxique, d’alcool doivent être pris au sérieux car leur effet sédatif peut être recherché afin d’apaiser une angoisse massive, ou au contraire, leur effet psychostimulant est une solution contre le sentiment de vide intérieur, l’apragmatisme et le repli social. La recherche d’une éventuelle prise de toxique est automatique afin de mener à bien le projet thérapeutique et de préserver l’efficacité de la chimiothérapie.
    Les symptômes schizophréniques n’invalident pas la vie du sujet de la même manière. Certains symptômes, en effet, prédominent sur d’autres. Si bien que des formes mineures (schizophrénies simple, paranoïde) peuvent être isolées des formes graves (schizophrénies hébéphrénique, hébéphréno-catatonique).
La schizophrénie simple correspond, en fait, à une forme peu grave d’hébéphrénie. Bien que la dissociation en constitue le symptôme majeur, le déficit n’est pas total. Celui-ci se fait lentement et apparaît de plus en plus prononcé. Les relations socioprofessionnelles s’appau-vrissent. Le sujet s’isole de plus en plus et se replie dans son monde intérieur (autisme). L’activité délirante y est rare. Un sujet présentant à la base une personnalité schizoïde1 voit, ici, ses traits s’aggraver.
La schizophrénie paranoïde (20- 30 ans) est la forme la plus fréquente. Le symptôme majeur est le délire paranoïde. Celui-ci est non systématisé et les mécanismes à l’œuvre sont multiples tout comme les thèmes du délire. La dissociation, quant à elle, se fait à minima. Dans 90 % des cas un traitement chimiothérapique permet d’amender les symptômes productifs.
Dans la schizophrénie hébéphrénique (avant 20 ans), la dissociation et l’autisme prédominent le tableau clinique. Il s’agit d’une forme très grave de schizophrénies. En effet, son début est précoce et insidieux, mais surtout, évolue très vite vers la destruction unitaire du sujet, dont les facultés de synthèse, de coordination ne peuvent être protégées par aucun traitement médicamenteux. Tout chez le sujet est emprunt de dissociation (l’unité intellectuelle, comportementale, affective). Le sujet est totalement en décalage avec le monde extérieur, il est replié sur lui-même. Les idées délirantes ne sont pas nombreuses, et semblent, néanmoins, entretenir la rêverie autistique. L’hébéphrénie représente 20 % des schizophrènes. Ceux-ci ont souvent besoin d’une assistance importante (médicale, sociale…).
La schizophrénie hébéphréno-catatonique est une forme grave, devenue rare à l’heure actuelle. Son évolution se fait, le plus souvent, par accès. Il y figure une dissociation massive psychomotrice, plus un vide hébéphrénique. La sphère comportementale est, en effet, incohérente, incompréhensible, bizarre. Le sujet pouvant passer d’un état extrême à un autre. Ainsi, il peut être figé dans un état de stupeur et être soumis à des accès paroxystiques d’agitation, d’impulsions verbales, gestuelles, de décharges motrices (hyperkinésies). Par ailleurs, l’obéissance automatique (déclenchement "passif" de mouvements, gestes ou attitudes sur ordre verbal à la suite d’une autre sollicitation) contraste également avec ses réactions d’opposition (négativisme). Dans le petit négativisme se retrouvent, par exemple, le refus de la main tendue, le refus de s’asseoir, de s’exprimer, d’obéir… Dans le grand négativisme, il s’agit du refus de toute nourriture, de crises clastiques, de fureur catatonique, de catalepsie (persistance de mouvements spontanés ou imposés dans un contexte de flexibilité cireuse, hypertonie plastique avec conservation des attitudes imprimés passivement aux membres).  Dans cette forme de schizophrénie, le délire peut s’observer. Celui-ci comporte des expériences hallucinatoires intensément vécues (onirisme).

1)    Personnalité marquée par  un repli sur soi, un désintérêt relatif pour le monde extérieur (introversion), une fuite des contacts sociaux (peu ou pas d'amis) ; une timidité, un effacement ; une incapacité à exprimer ses sentiments ; un contact froid et distant ; une incapacité à éprouver du plaisir ; un intérêt réduit pour la sexualité ; une vie imaginaire souvent intense mais bizarre, avec un grand intérêt pour les choses abstraites ; une indifférence aux normes et aux conventions sociales. Toutefois,  L'adaptation sociale, bien que  restreinte demeure possible.
2)    Dans les antécédents de plus de 50 % de schizophrènes, on ne trouve pas de personnalité schizoïde   prémorbide." (Larousse dictionnaire fondamental de psychologie ; p233).

Ressources :
Nouveau précis de sémiologie des troubles psychiques (S. Tribolet, M. Shalidi)
Manuel de psychopathologie (G. Besançon)