Les états d'agitation


L’agitation est un « comportement à base d’excitation psychomotrice où peuvent se manifester l’agressivité, la colère, la turbulence, le théâtralisme, l’érotisme, la violence, l’anxiété… »1. C’est un état de perturbation rendant compte de l’échec de l’individu dans  son adaptation au monde. Le sujet agité paraît être dominé par un profond mal-être, une souffrance d’origine organique ou psychique. L’agitation peut être intense au niveau psychomoteur, dominant le tableau clinique (agitation franche) ou, au contraire,  peu intense et constituer un symptôme secondaire (subagitation).
Dans l’agitation franche, le corps, dans son entier, semble devenir l’instrument d’une force obscure, l’éprouvant rudement.
Dans le delirium tremens, le corps entre dans des accès de tremblement, perd de sa coordination motrice (trouble de la marche, de la posture). La conscience est confuse, l’agitation grandie face à un monde angoissant, hostile (onirisme zoopsique ou socioprofessionnel) qu’il faut fuir ou combattre.
La perte de contrôle motrice très prononcée au cours de la crise épileptique (convulsions brèves, perte de conscience dans une atteinte des aires motrices ; automatismes moteurs oraux et génitaux : mâchonnement, mastication, déglutition, érection, sécrétions vaginales…dans une atteinte de l’aire temporale) rend le patient méconnaissable et énigmatique. L’agitation se complexifie dans l’atteinte temporale avec une conscience confuse, des hallucinations avec impression et phénomène d’étrangeté propices à l’angoisse et au passage à l’acte. Et peut même persister après la crise et devenir furieuse. Cette bouffée oniroïde se rencontre lors d’un état crépusculaire marqué par une obtusion intellectuelle, des hallucinations terrifiantes poussant au passage à l’acte impulsif (fugue, vol, incendie, destruction, exhibitions génitales, suicide, homicide). L’agité, en état d’alerte, semble exprimer une hyper sensibilité dans sa manière de vivre son corps et le monde qui l’entoure, mais, paradoxalement, une sorte d’insensibilité quant à la douleur et au mal qu’il se fait subir lui et les autres. Ainsi, l’agitation dans les débuts de la schizophrénie se caractérise de plusieurs manières : Soit par des impulsions infligées à soi (auto mutilation) et à autrui (proches, parents essentiellement) ; Soit par une violence plus étendue (violence verbale, gestuelle, passage à l’acte sur autrui, soi, et les objets), assortie d’expressions théâtrales, d’un discours incohérent (salade de mots), de phases stuporeuses ; Soit d’un état maniaque (euphorie, exaltation, expansivité, loquacité, quérulence, agressivité) atypique (absence d’antécédents maniaco-dépressif personnels ou familiers, discordance (propos incohérents, agitation intermittente entrecoupée de pauses stuporeuses, opposition mutique)).
Ailleurs, cette force obscure place le patient au-dessus de toutes limites. Ainsi, l’agitation du maniaque déborde d’une humeur euphorique, expansive, ludique, toutefois, versatile, d’appétits pulsionnels inassouvis (faim, soif, insomnie, excitation sexuelle), d’hyper activité désordonnée et inadaptée (gesticule, fait les cent pas, peut tout entreprendre sans trouver réellement d’aboutissement à ses projets). Le maniaque est tachypsychique ( fuite des idées, attention dispersée, logorrhée), désinhibé, libre des valeurs morales et sociales, d’où les conduites médico-légales (attentats à la pudeur, escroquerie, fugue, excentricité, propos érotiques). L’agitation furieuse, bien que rare, présente une colère extrême avec perte du contrôle réflexif. Elle est dangereuse et clastique (bris d’objets, de matériel). L’agressivité qui en découle n’est pas orientée, mais se manifeste de façon aveugle.
L’agitation psychopathique présente, souvent, un aspect théâtral, ainsi qu’une agressivité verbale, des actes impulsifs auto- hétéro- agressifs, une clasticité.  A sa source se retrouvent une angoisse et une frustration insupportables.
Les autres types d’agitations sont moins violentes au niveau psychomoteur. Et l’agitation n’est plus le symptôme dominant. Celle-ci se rencontre dans les syndromes neurologiques tels que l’hémorragie méningée, l’œdème cérébral, les encéphalites (particulièrement épidémiques), l’hypoglycémie et certaines maladies métaboliques. Ou encore dans les syndromes psychiatriques (bouffée délirante polymorphe, crise aiguë névrotique, démence).
Qu’elle soit du premier ou deuxième type, l’agitation présente toujours les mêmes particularités. Premièrement, elle se voit animer par un délire.  Dans la bouffée délirante polymorphe, l’adulte jeune s’excite, parle beaucoup, est agressif. Deuxièmement, elle est dominée par l’anxiété. La névrosée, par exemple, est sujette à des craintes somatiques. Elle crie, pleure, gesticule beaucoup, tremble, elle s’étouffe, a peur de mourir. Troisièmement, l’agitation va dans le sens de l’opposition (démence du sujet âgé). Elle est immotivée, fragmentaire, désordonnée, intermittente et s’accompagne de trouble du langage (pauvreté du contenu verbal). Dans tous ces cas, l’agitation n’est pas violente ou encore le devient rarement.