Les symptômes de la dépression

 
La dépression est un état pathologique de l’humeur qui associe plusieurs éléments appartenant à trois registres de troubles. Il s’agit du ralentissement psychomoteur, des symptômes somatiques et l’humeur dépressive.
Toutes les dépressions ne se ressemblent pas quand à leur expression et à leur origine. Néanmoins, la fréquence de certains symptômes  a contribué à la formulation d’un noyau dépressif.
Ces symptômes affectent le sujet dans son intégralité tant dans la vie psychique que « réelle » pouvant remettre en cause le caractère adaptatif du sujet à tous les points de vue. Ainsi, nous proposons nous de parcourir ces différents symptômes, dans ce qu’elles ont de caractéristique.
Le sujet dépressif interpelle dans son comportement actuel. En effet, sa présentation jugée sur sa tenue, ses vêtements, sa propreté corporelle ainsi que ses soins élémentaires, se caractérise par une « grande » négligence. Le corps, laissé à l’abandon, en proie à une incurie, n’est plus investi comme instrument d’affirmation et de revendication de soi. Le corps n’est plus l’appât indispensable et redoutable  utilisé dans une tentative de séduction de l’autre.
Au contraire, l’autre semble être mis à l’écart et même être maintenu à l’écart tant le contact est peu chaleureux et peu présent.  Le contact est dit hyposynthone. Le visage du sujet dépressif est peu expressif (hypomimie) pouvant même être totalement inexpressif avec un caractère figé (amimie). Il peut faire penser à un masque de cire ayant  pour particularité une bouche en forme de « U » renversé. La voix qui  se laisse échapper est faible et monocorde. Sa manière de parler n’est plus rythmée et perd de son intonation. Le langage se trouve ainsi affecté dans sa prosodie.
Les mimiques et les gestuelles ne s’inscrivent pas dans une « volonté » d’interaction avec l’autre. Tout le corps est frappé par la lourdeur et la lenteur comme si il succombait à l’attraction terrestre. Ainsi, quand le patient entre dans la salle de consultation et qu’il s’assied il n’est pas rare de le voir le dos voûté, les épaules vers l’avant laissant tombé ses bras et la tête plutôt inclinée.  Cet abattement (physique) pouvant faire penser à une réaction mnésique de l’ordre du réflexe du repli foetal. Dans une forme extrême, le sujet dépressif peut rester immobile (état de prostration) enfermé dans un profond mutisme.  Mais parfois, le ralentissement moteur est remplacé par une agitation anxieuse.
Le sujet dépressif semble coupé  de toutes stimulations (affectives) du monde réel (apathie) pour lequel il semble manifester du désintérêt. Ses activités habituelles ou encore, celles qui pouvaient procurer de la satisfaction sont délaissées. En effet, son, goût des choses bonnes lui fait défaut (anhédonie). Et par ailleurs, il a le sentiment d’être dépourvu d’énergie (anergie). Il se sent envahi par un sentiment de fatigue permanent, à prédominance matinale, que le repos ne suffit pas à faire disparaître (asthénie). La clinophilie (fait de rester au lit pendant de nombreuses heures ou toute la journée)  pouvant être également une des manifestations consécutives. Le sujet se sent incapable d’agir, de faire des choses des plus élémentaires et celles dont il avait pourtant une grande maîtrise.
Au-delà de la sphère motrice, l’inhibition peut concerner la fonction intellectuelle. Il s’agit alors de la bradypsychie qui signe d’une lenteur dans l’idéation. Il est à remarquer, ici, que le débit verbal se fait au ralenti (bradyphémie) et que le discours du sujet dépressif est entrecoupé de pauses. Celui-ci, ne répond pas toujours à toutes les questions et nécessite un besoin permanent d’être relancé par son interlocuteur. Comme si son appareil à parler et à penser s’essoufflaient très vite.
 Mais au-delà de cette lenteur, la représentation et les contenus de pensées subissent des distorsions pathologiques. S’en trouvent affectés la représentation de soi et la lecture du monde autour.
Les pensées du sujet dépressif sont pauvres. Elles tournent toutes, en général, autour d’une même idée (monoidéisme). Le sujet exprime des idées d’indignité, d'infériorité, de déchéance, d'échecs, de perte de l'estime de soi, pessimisme, à valeur de plaintes. Ces idées sont omniprésentes et interfèrent avec son jugement, extrêmement rigide. Le sujet perd de sa flexibilité mentale, en d’autres termes, sa souplesse d'évolution des situations. Il n'a aucune capacité critique. Il interprète tout de façon péjorative. Sa vision du monde extérieur est déformée de façon négative. Il peut se décrire incompris, maltraité par son entourage. Et avoir une vision déformée au niveau de son coeur troubles hypocondriaques.
Le risque suicidaire est la conséquence majeure de tous ces troubles. Au début, le sujet va s'interroger sur l'intérêt qu'il a à vivre. Il se demande si il y aurait un soulagement en mourant. Des idées noires, l’auto accusation l’assaillent mais il manque encore de « courage » pour passer à l'acte. C’est après que se situe le stade du passage à l'acte. La présence d’une anxiété très importante, de troubles du sommeil très importants, d’une culpabilité accentuée ainsi que des antécédents suicidaires font craindre un geste suicidaire.
Les capacités d’attention volontaire, de  concentration, et de mémoire (à court terme) ne sont, elles non plus, épargnées. Ces défaillances, ne se faisant pas dans la suite d’une atteinte neurologique, favorisent  l’indécision, l’incapacité du sujet à se projeter, à organiser l’avenir (aboulie) et l’impression d’écoulement lent du temps.
Des « difficultés » d’ordre physique apparaissent elles aussi, pouvant conduire le sujet dépressif à la consultation .
Ces manifestations physiques, fréquentes et précoces, peuvent précéder les signes psychiques.
Le sujet dépressif se sent fatigué (asthénie) de manière inexpliquée. Il lui est « impossible » de fournir le moindre effort, sous peine d’une aggravation de son état de fatigue. Néanmoins, il semblerait que l’activité physique permettrait d’atténuer la fatigue.
Sans émettre une relation de causalité telle quelle soit, ce sentiment de fatigue ne se voit pas amélioré par le sommeil de repos. D’autant plus que le sujet dépressif est en proie le plus souvent, à des insomnies. Ces insomnies revêtent plusieurs formes. Il s’agit, par exemple :
D’une insomnie d'endormissement ou le sujet ne trouve pas le sommeil (déprime anxieuse).
D’une insomnie du milieu de nuit avec des réveils au milieu de la nuit.
D’une insomnie de fin de nuit caractérisée par des réveils précoces constituant la forme la plus fréquente  de la dépression.
D’une insomnie mixte associant les trois types d’insomnie précédents.
Dans le cas contraire, le patient peut dormir beaucoup, semblant trouver refuge dans le sommeil et  présenter, ainsi, de l'hypersomnie. Quoi qu’il en soit, la qualité du sommeil est très mauvaise. Ceci amène à s’interroger sur la place  du désir et du plaisir chez le patient dépressif. En effet, la libido apparaît diminuée voire calfeutrée sur le plan sexuel où le sujet dépressif peut aller jusqu’à éprouver un vif dégoût de la sexualité. Ainsi, une frigidité peut apparaître chez la femme ou une impuissance chez l’homme. Les troubles sexuels étant très fréquents et très souvent dissimulés par le sujet dépressif.
Ce désinvestissement de la sexualité ne semble  pas se faire en faveur d’une régression quelconque et apparente, orale par exemple. Le sujet dépressif présente un trouble de l’alimentation de l’ordre de l’anorexie ou d’une hyperphagie. Par ailleurs, les plaisirs liés à l’alimentation ne peuvent nullement être favorisés par d’éventuels troubles digestifs. Parmi lesquels, la sensation de lenteur digestive, de ballonnement, de nausées, ou des troubles du transit.
Des troubles urinaires peuvent apparaître. Tels, par exemple, la pollakiurie (qui est le fait d'aller souvent aux toilettes, notable surtout chez les sujets anxieux), la dysurie (difficulté à uriner), ou des brûlures urinaires sans infection.
Au niveau neuro-musculaire, peuvent être cités un affaiblissement de la force musculaire, des crampes, des contractures, des  troubles de la sensibilité (paresthésie), des céphalées ou des vertiges.
Au niveau cardio-vasculaire, le sujet dépressif peut être atteint d’une hypo ou hyper tension artérielle. Les battements de son cœur pouvant être accélérés (tachycardie) ou ralentis (bradycardie).
Et enfin, le sujet dépressif peut avoir des bouffées vaso motrices, telles les  bouffées de chaleur.

Quand à l’ensemble des sentiments (émotions) éprouvés par le sujet dépressif, il se caractérise par une forte tonalité (affect) désagréable (tristesse). Celle-ci, surplombant la tonalité agréable et constituant une réponse univoque à des situations pourtant variables, devient pathologique. Il s’agit plus exactement, d’un défaut d’émotivité.
L’ensemble de ces sentiments « négatifs » c’est-à-dire désagréables aboutissent au final à une humeur de type dépressif.
L’humeur dépressive est décrite par le sujet dépressif, d’une part comme une tristesse importante. Cette réaction est dite  pathologique du fait de son intensité, de sa persistance et de la souffrance occasionnée, lui donnant un aspect irraisonnable, incontrôlable et inconsolable. D’autre part, un abattement, un désespoir, un découragement. Cela pouvant atteindre une douleur morale. Le sujet culpabilise, se sent profondément indigne et n’hésite pas à s’accabler, s’auto-dévaloriser de manière active, se souciant peu (voire pas du tout) là encore du regard d’autrui. Cette atteinte de l’estime de soi s’accompagne d’une vision péjorative du monde et de l’avenir. Plus rien dans ce monde lui fait plaisir (anhédonie), ce qui ne fait que solidifier de plus belle la fixation de ses idées à son impuissance (rumination).
 Cependant, la tristesse peut être niée et contenue. Et l'humeur peut être remplacée par:
Une « mauvaise » humeur entrecoupée de colères (dysphorie).
 Un sentiment de lassitude, de désintérêt, d'émoussement affectif. Le sujet n'éprouve plus de plaisir pour les activités qu'il appréciait (anhédonie). Il en a une conscience douloureuse et vit cette situation de façon angoissante et culpabilisante. Cet émoussement affectif touche les choses heureuses ou malheureuses (anesthésie affective).
 une hyper sensibilité maladive à des broutilles, des bricoles (hyperthymie douloureuse) variable dans le temps. En effet, elle tend à prédominer le matin et s'estompe au courant de la journée.