Metapsychologie (Sigmund Freud)

Le monde interne du sujet est fait d’excitation psychique ou pulsion. Celle-ci agit comme une force constante qu’il est impossible de supprimer ou d’en venir à bout par des actions de fuite, contrairement à l’excitation physiologique. L’excitation pulsionnelle provient d’un processus somatique localisé dans un organe ou une partie du corps. Son but est de parvenir à la cesstion de l’état d’excitation. Cette satisfaction, ou plaisir par extension, peut être atteint au moyen d’une partie du corps propre comme au début du développement et/ou par des objets étrangers qu’offrent le monde extérieur. De même, peuvent être combinés ou changés des buts plus proches ou intermédiaires. Lorsque une pulsion partage un même objet avec d’autres pulsions, Adler y voit un « entrecroisement des pulsions ». Mais lorsque la pulsion ne se déplace plus d’objets en objets (atteinte de la mobilité) et se lie particulièrement à un objet se produit une fixation.
La pulsion de type sexuel (distincte des pulsions d’auto-conservation, du moi, quand à leur comportement qualitatif dans la vie psychique) se heurte à des défenses, érigées par le moi, s’opposant à sa réalisation de manière directe. Plusieurs destins lui sont possibles, à savoir  le renversement dans le contraire, le retournement sur la personne propre, le refoulement et la sublimation. Les deux premiers mécanismes de défense sont à l’œuvre dans les cas de masochisme et d’exhibitionnisme. Le renversement dans le contraire porte soit sur le but de la pulsion passant de l’activité (tourmenter, regarder) à la passivité (être tourmenté, être regardé), soit sur le contenu de la pulsion transposée en son contraire (l’amour transformée en haine). Le renversement de l’activité à la passivité ne concerne qu’une partie de la pulsion sexuelle, coexistant à côté de l’autre non transformée, toujours active, contribuant, de ce fait, à la formation de l’ambivalence. Dans le mécanisme du retournement sur la personne propre, le but de la pulsion se maintient et c’est l’objet qui est échangé contre le moi propre. Ces deux destins dépendent de l’organisation narcissique du moi. Ainsi, le retour à l’objet narcissique (le corps propre) témoigne d’une « pulsion » à but passif (masochisme, exhibitionnisme) où le sujet narcissique est échangé par identification avec un autre moi étranger. L’abandon du narcissisme signe d’un intérêt pour le monde extérieur et d’une « pulsion » à but actif. Le masochisme et l’exhibitionnisme se laisseraient donc comprendre comme ayant à leur base un but actif (le tourmenter, le regarder) , du fait de son existence initiale au stade auto-érotique, dirigé sur un objet étranger. Cet objet est abandonné et est remplacé par la personne propre. Simultanément s’accomplit le renversement dans le contraire où le but pulsionnel actif est transformé en but pulsionnel passif avec instauration d’un nouveau but (être tourmenté, être regardé). Et enfin un nouveau sujet est introduit pour assumer le rôle du sujet. Toutefois, une différence se situe au niveau de la pulsion de regarder qui est auto-érotique dès le début de son activité. Ce n’est que par la suite que l’objet narcissique vient à être échangé avec un objet analogue du corps étranger. Le passage de l’un à l’autre « état » déterminant la nature exhibitionniste ou voyeuriste de l’individu. Toutes ces « mises en scène » allant dans le sens de la cessation de déplaisir. Le plaisir pouvant jusqu’à être rattaché à l’excitation sexuelle accompagnant la douleur  comme dans le sadisme et le masochisme.

Le second processus appartenant au mécanisme défensif de renversement dans le contraire  porte sur le contenu de la pulsion avec transposition de l’amour en haine. Il se produit plus exactement une régression de l’amour au stade sadique venant renforcer la haine motivée dans la réalité. En conséquence, la haine acquiert un caractère érotique et peut être maintenue la relation d’amour  à l’objet.

Le refoulement, quand à lui, porte sur le représentant pulsionnel (représentation ou groupe de représentation)  mais aussi sur la pulsion qui s’est détachée de la représentation, trouvant une expression conforme à sa quantité dans des processus ressentis sous forme d’affects (facteur quantitatif du représentant pulsionnel).
La représentation subissant le refoulement est soumise à deux types de destin. Soit il s’agit de disparaître du conscient lorsqu’elle était auparavant consciente, soit d’être tenue à l’écart du conscient lorsqu’elle était sur le point de devenir consciente. Ce processus  se voit mobiilisé dès lors qu’une motion pulsionnelle est en mesure de générer un déplaisir d’une puissance supérieure à celle du plaisir de satisfaction lors de sa réalisation. La condition sinéquanone étant, néanmoins, la variabilité d’investissement d’énergie psychique de la motion pulsionnelle. Autrement dit, du caractère actif de la représentation  témoignant d’un investissement en énergie accru caractéristique d’une  proximité du système inconscient. Dans le cas  contraire ou la motion pulsionnelle est  peu investie d’énergie psychique elle est dite inactive.
Le refoulement est décrit selon deux étapes. La première appelée refoulement originaire consiste à refuser la prise en charge du représentant psychique dans le conscient et à lier de manière inaltérable (fixation) celui-ci à la pulsion. Le représentant refoulé n’est pas éradiqué, mais persiste dans l’inconscient continuant de s’organiser, de former des rejetons, et d’établir des liaisons. Le second temps, ou le refoulement proprement dit, porte sur les rejetons psychiques du représentant refoulé, ou bien sur telles chaînes de pensées, venant d’ailleurs, qui se sont associées avec lui. Chaque rejeton connaît un peu plus ou un peu moins de déformation, d’où un travail « individuel » du refoulement. Et parmi ceux-là, seuls les rejetons suffisamment éloignés du refoulé, par déformatioon ou par la mise en place de plusieurs intermédiaires, peuvent accéder librement au conscient. Ce « travestissement » du refoulé oblige par conséquent un refoulement très moblile,c’est-dire actif, permanent, réalisant une contre-pression incessante sur le refoulé cherchant par tous les moyens à accéder au conscient.
Le refoulement portant sur le quantum d’affect laisse entrevoir trois destins possibles. Ou bien l’affect, totalement ou en partie subsiste tel quel ; ou bien il subit une transformation en un quantum d’affect qualitativement différent,principalement en angoisse ; ou bien il est réprimé c’est-à-dire que son développement est franchement empêché. La naissance de sensation de déplaisir ou d’angoisse, bien que la représentation ait été mise à distance témoigne d’un échec du refoulement. Tesl est le cas des névroses hystériques, d’angoisse, obsessionnelle où formation de symptômes, formation de substitut et formation réactionnelle sont les indices d’un retour du refoulé.

Bien qu’il soit de l’essence même d’un sentiment, d’un afect d’être perçu, (ceci correspondant à des processus de décharge dont les manifestations finales sont perçues comme sensation alors que les représentations sont des investissements fondés sur des traces mnésiques)c’est-à-dire d’être connu de la conscience, celui-ci peut être méconnu. En effet, son propre repésentant ayant été refoulé la motion d affect se voit contrainte de se rattacher à une autre représentation et est maintenant tenue pour la manifestation de cette dernière. Lorsque la connexion exacte est rétablie, dans le cadre psychanalytique, la motion d’affect originaire est appelée « inconsciente » même si l’affect n’a jamais été inconscient et que seule sa représentation ait succombé au refoulement.
Cette autre caractéristique du refoulement consistant donc à inhiber la transposition de la motion pulsionnelle en manifestation de l’affect montre qu’il appartient au système coscient de régir l’affectivité aussi bien que la motilité (actions destinées à transformer le monde extérieur).  Et par analogie, le refoulement a pour objectif non seulement d’empêcher l’accés à la conscience mais aussi le déclenchement de l’affect et de l’activité musculaire.
Parmi les rejetons de l’inconscient certains sont hautement organisés (cf la formation substitutive et symptômes) et peuvent pénétrer dans la conscience après avoir utilisé toutes les acquisitions de ce système. D’autres sont, au contraire, préconscients et ne sont pas susceptibles de devenir conscients. A moins de s’obliger à surmonter les objections  qu’impose une nouvelle censure entre le préconscient et le conscient.
Schématiquement, Freud oppose représentations consciente et inconsciente. Et parvient à formuler leur caractéristique, outre leur simple appartenance aux systèmes correspondants, à partir de comparaisons entre les névroses de transfert (névrose hystérique, névrose phobique, névrose obsessionnelle) et la schizophrénie (débutante).  Dans cette dernière, apparaissent d’une part une capacité du sujet à communiquer sans résistance la signification de ses inhibitions. Mais d’autre part, la manière de s’exprimer est souvent l’objet d’un soin particulier, elle est « recherchée », « maniérée ». La construction des phrases subissant une désorganisation particulière qui les rend incompréhensible. Dans le contenu de ces déclarations, une relation aux organes du corps ou aux innervations passe au premier plan. Les mots, en fait, soumis au processus primaire, sont condensés et transfèrent les uns aux autres leurs investissements par déplacement. Un mot pouvant aller jusqu’à assumer la fonction de toute une chaîne de pensée. Ainsi, dans la schizophrénie la relation de mots prédomine sur la relation de choses. C’est l’identité de l’expression verbale, et non la similitude des choses désignées qui a commandé la formation de substitut. Ainsi, l’hypothèse d’un abandon des investissement d’objet, dans la shizophrénie doit être nuancée par le maintien de l’investissement des représentations de mot des objets. Par conséquent, la représentation consciente doit nécéssairement comprendre simultanément la représentation de mot (qui lui est propre) ainsi que la représentation de chose, consistant en l’investissement ,sinon des images mnésiques de chose, du moins en celui de traces mnésiques plus éloignées et qui en dérivent. A l’opposé, la représentation inconsciente comprend la représentation de chose seule. En conclusion, le système inconscient contient les les investissements de chose des objets, les premiers et véritables investissements d’objets ; le système préconscient apparaît quand cette représentation de chose est surinvestie du fait qu’elle est reliée aux représentations de mot qui lui correspondent. Le refoulement refusant donc à la représentation écartée la traduction en mots,lesquels dans les névroses de transfert doivent rester reliés à l’objet. La représentation qui n’est pas exprimée en mots ou l’acte psychique non surinvesti demeurent alors en arrière, refoulés dans l’inconscient. Le lien avec des représentations de mot ne coïncide encore pas avec le fait de devenir conscient, mais n’en procure que la possibilité, d’où le propre du système préconscient. Cet investissement de la représentation de mot dans la scizophrénie n’appartient pas à ll’acte de refoulement mais au au contraire représente la première des tentatives de restitution ou de guérison. Ces efforts tendent à récupérer les objets perdus et il se peut bien que dans cette intention ils prennent le che min de l’objet en passant par l’élément mot de celui-ci, ce qui les ammène alors à devoir se contenter des mots à la place des choses.

COMPLEMENT METAPSYCHOLOGIQUE A LA THEORIE DU REVE
 Le maintien des  investissements des différents systèmes Inconscient, préconscient  et conscient sont étroitement liés à l’état dans lequel est plongé l’appareil psychique. En effet, à l’état de sommeil, les investissements de toutes les représentations d’objet, aussi bien des parties inconscientes que des parties préconscientes sont retirés des systèmes et permettent le rétablissement du narcissisme primitif , de domination du moi. Ceci constituant une régression dans le développement de la libido. Toutefois, ce « calme » de narcissisme primitif se voit perturbé soit par des évènements extérieurs, soit par des évènements intérieurs que le rêve tente de pallier. Dans ce dernier cas, le refoulé apparaît comme autonome, obéissant nullement au désir de dormir. Par conséquent, la censure, quoique affaiblie, doit se maintenir ainsi qu’une partie des contre-investissements. De même,  les pensées préconscientes diurnes ont retenu une certaine quantité d’intérêt, libidinal ou autre. Les restes diurnes préconscientes peuvent résister au retrait d’investissements du fait d’une liaison éventuelle à des motions incoscientes à l’état de veille ou encore à la circulation facilitée entre les systèmes inconscient et préconscient suite à l’abaissement de la censure. Quoiqu’il en soit, il en résulte le désir préconscient du rêve. Et la motion inconsciente (revendication pulsionnelle inconsciente) parvient à trouver une expression dans le matériel des restes diurnes préconscients. Le plus souvent, la motion de désir constituée en désir du rêve emprunte la voie privilégiée (destin) de la régression topique (distincte de la régression temporelle) du préconscient à travers l’inconscient,  jusqu’à la perception où les pensées sont tansposées en images, principalement visuelles. En d’autres termes, des représentations de mot (constituant des restes frais et actuels de perception) sont ramenées aux représentations de chose qui leur correspondent. Dans une ultime phase le processus psychique primaire condense les investissements de souvenirs de chose restants et déplace de l’un à l’autre les investissements, formant ainsi,le contenu manifeste du rêve. Le contenu de pensée devenant conscient comme perception sensorielle subit alors l’élaboration secondaire. Le retrait de l’investissement du système coscient notamment aura aussi pour conséquence l’abandon de l’épreuve de réalité permettant une croyance en la satisfaction hallucinatoire du désir.
   
DEUIL  ET  MELANCOLIE
La richesse et la souplesse de l’appareil psychique est, entre autre, liées à l’interchangeabilité des objets, moyens de satisfaction de la pulsion. L’interchangeabilité des objets est rendue possible grâce à la qualité du travail de deuil lorsque sa perte devient manifeste (mort, par exemple). La perte de l’objet, concrétisée par l’épreuve de réalité (conscience), génère un sentiment de douleur, une suspension de l’intérêt pour le monde extérieur, une inhibition des activités, ainsi qu’une perte de la capacité d’aimer. Ces manifestations réalisent l’état habituel de deuil et sont en étroite relation avec le travail du deuil. Chacun des souvenirs, chacun des espoirs constituant des attaches de la libido à l’objet est surinvesti et par la suite confronté au détachement. Ces manifestations disparaissent après un certain laps de temps sans engendrer d’altérations de la personnalité de l’endeuillé. Toutefois,  il est un cas, où la relation à l’objet ébranlée, dépasse ce tableau clinique. Il s’agit de la mélancolie. Celle-ci a pour particularités supplémentaires l’atteinte de l’estime de soi, diminuée par des auto-reproches, des auto-injures incessants pouvant aller jusqu’à l’attente délirante de châtiment. Par ailleurs, dans la mélancolie le sujet a bien été vicime d’une perte dans sa relation à l’objet mais celui-ci ignore tout de ce qu’il a perdu. Et enfin, il est à considérer des cas dépressifs avec une éventuelle inversion de l’humeur ( la manie). Freud remarque que  l’auto-dépréciation de soi,  se faisant sans la moindre retnue quelque soit le contexte, ne suscite ni  sentiments de remords ni sentiments de honte (de soi). Ce qui l’incite à émettre l’hypothèse que ces plaintes ne s’adressent pas directement au sujet mais à l’objet perdu. En fait, la libido libérée sous l’influence d’un préjudice réel ou d’une déception de la personne aimée a servi à établir une identification du moi avec l’objet abandonné. De fait, la perte de l’objet est devenue perte du moi, et le conflit entre le moi et la personne aimée une scission entre la critique du moi et le moi modifié par identification. Ce processus trouve,d’une part,  à sa source un choix d’objet s’étant opéré sur une base narcissique. Laquelle certifie d’une jouissance de satisfaction pulsionnelle via le corps propre. Et par ailleurs, il implique une fixation à l’objet d’amour et paradoxalement une faible résistance de l’investissement d’objet. Le suicide étant souvent objectivé dans la mélancolie, témoignerait d’une régression au stade de sadisme sous l’influence du conflit ambivalentiel. Avec le retour de l’investissement d’objet le moi du sujet mélancolique est en mesure de se traiter comme objet et peut donc, diriger contre lui-même l’hostilité visant un objet.
Les plaintes dans la mélancolie portent essentiellement sur l’appauvrissement et beaucoup plus rarement sur l’infirmité corporelle, la laideur, la faiblesse, et l’infériorité sociale. Ce qui est à rapproché, selon Freud, de l’érotisme anal transformé par régression.
Si la mort de l’objet constitue le plus souvent la cause déclenchante du deuil, il n’en est pas de même pour la mélancolie, dont les causes sont multiples. La relation à l’objet compliquée par le conflit ambivalentiel. Haine et amour luttent perpétuellement. Le premier afin dedétacher la libido de l’objet, le second afin de la maintenir. Que ce soit une ambivalence constitutionnelle ou encore celle découlant d’expériences traumatiques, la mobilisation du refoulé est considérable et se faisant loin du système conscient. La manie apparaissant au final lorsque l’énergie d’investissement, accumulée et liée dans le travail de la mélancolie, devient libre.