Sémiologie des schizophrénies

Un patient souffrant de schizophrénie présente trois grands types de symptômes. Il s’agit, premièrement, de la dissociation. Deuxièmement, du délire paranoïde. Et troisièmement, de l’autisme.
La dissociation est définie comme la perte de cohésion, d’harmonie et d’unité entre les différentes composantes de la vie psychique, ainsi qu’à l’intérieur de chacune d’entre elles (affectivité, langage, pensée, intelligence, comportement). Les conséquences qui en découlent sont multiples :
Le patient déborde de contradictions, d’incohérence à tous les niveaux. Il peut, par exemple, éprouver simultanément de l’amour et de la haine pour un même objet, vouloir et ne pas vouloir agir. Le patient est ambivalent. Ses gestes, paroles, mimiques se combinent étrangement (bizarreries). "Tout" chez lui (idées, attitudes, intentions) semble dépourvu de sens (hermétisme). De plus, son "inconscience" ou "insouciance" quant aux conséquences de ses actes et paroles, quant à son environnement donne l’impression d’un état de retrait du patient (détachement).
La dissociation entrave le patient dans son bon fonctionnement, mais également, dans l’exploitation de ses ressources intellectuelles, psychiques alors qu’il ne semble présenter aucune défaillance organique. Elle se traduit au niveau de la pensée par un relâchement des associations d’idées. Le patient passe du coq-à-l’âne, déverse ses idées sans lien logique (diffluence). Ou encore interrompt brusquement sa phrase sans raison apparente, et la reprend  éventuellement, quelques secondes après, comme si de rien n’était, sur le même thème ou un autre (barrages). Le rythme des phrases, ainsi que le volume sonore peuvent diminuer progressivement jusqu’à s’arrêter ou bien revenir à un rythme normal avec un thème identique ou différent (fading mental).
Son langage est, lui aussi, particulier. La syntaxe n’est pas respectée. Par exemple, le patient parle de lui à la troisième personne du singulier, par un qualificatif (paragrammatisme), ou bien omet des adjectifs, des pronoms n’utilisant que des verbes à l’infinitif (agrammatisme). Les mots qu’il utilise sont désuets, recherchés, métaphoriques (maniérisme). Il peut en inventer (néologisme) ou leur donner un sens personnel (paralogisme ou paraphasies sémantiques) et aller jusqu’à posséder son propre langage (schizophasie). Dans un autre cas tout aussi extrême le patient peut connaître des phases de mutisme.
Au niveau affectif, le patient éprouve, par exemple, des sentiments opposés d’amour et de haine pour le même objet (ambivalence). Il est très souvent athymhormique c’est-à-dire dans un état d’indifférence affective par rapport à ses proches, ses amis, aux événements, heureux ou malheureux (athymie ou émoussement affectif). Ses besoins alimentaires, d’activités sexuelle, sociale et pratique semblent éteints (anhormie), comme si il ne pouvait plus éprouver de plaisir consécutif (anhédonie morale). Il a du mal à agir, à prendre une décision (aboulie), le moindre effort lui semble pénible (inertie). Sa régression affective est d’autant plus profonde qu’il a affaire à des pulsions orales (boulimie, suçottement, tabagisme forcené, balancements), anales archaïques (stéréotypies obsessionnelles, incurie) et à une sexualité dominée par l’auto-érotisme,  l’homosexualité, des exhibitions, des agressions sexuelles, des auto-mutilations sexuelles, des tentatives de réaliser ses fantasmes oedipiens soit par l’inceste, par déplacement sur des tiers.
Le comportement du patient interpelle, lui aussi, de plusieurs manières. Ce qu’il dit ou ressent n’est pas en accord avec les mimiques qu’il exprime (paramimie). Ne respectant ni les  valeurs ni normes morales et sociales, semblant toujours être en représentation avec des gestes, attitudes et mimiques alambiqués, surchargés, sa grandiloquence, le patient intrigue par son étrangeté, mais aussi, par certains de ses actes mystérieux (impénétrabilité des motifs). En effet, sans que la raison soit apparente, le patient peut, tout d’un coup,  se mettre à hurler, commettre des crimes ‘immotivés’ (impulsions incoercibles), à avoir brusquement une fringale (protopulsion). La distance avec le patient  est d’autant plus marquée qu’il refuse activement tout contact avec autrui et l’extérieur (négativisme). Il est mutique, reste enfermé dans sa chambre (claustration), commet des fugues, refuse de s’asseoir, ou d’ouvrir les yeux pendant l’entretien (petit négativisme), refuse de s’alimenter, a des accès de fureur (grand négativisme). Lorsque à cela s’ajoutent une passivité psychomotrice, une perte de l’initiative motrice (aboulie) avec conservation des attitudes lors d’une mobilisation passive d’un segment de membre (flexibilité cireuse), ou résistance  avec hypertonie le patient est dit catatonique.

Le patient vit la dissociation dans une profonde angoisse de morcellement. Il a l’impression qu’il n’est plus lui-même (dépersonnalisation) et que le monde autour se modifie (déréalisation). Il passe, alors, des heures à se regarder dans le miroir, à vérifier que tout est normal. A un deuxième niveau, c’est la pensée elle-même qui se réorganise, sans logique, incohérente et incommunicable. C’est le délire paranoïde. Celui-ci est alimenté par des interprétations,  des intuitions, des illusions, l’imagination, mais surtout par des hallucinations (auditives) rentrant dans le cadre d’un automatisme mental. Le patient devine tout, ou ce sont les autres qui devinent ce qu’il pense (écho de la pensée obscure ), une voix (hallucinations acoustico-verbales) répète sa pensée (écho de la pensée claire). Une voix énonce ce qu’il fait ou ce qu’il doit faire, ce qu’il lit ou écrit, commente ce qu’il fait (écho). Le cours de sa pensée est parasité  par des phénomènes élémentaires. Des images, des souvenirs, des idées  (idéorrhée) défilent sans cesse dans sa tête de manière incoercible. Ce tableau réalise le petit automatisme mental. Si en plus de cela le patient connaît des hallucinations psycho-sensorielles olfactives, gustatives, tactiles, cénesthésiques, ainsi que des hallucinations motrices ou kinesthésiques  où il n’est pas maître de ses mouvements, alors il s’agit du grand automatisme mental. Les thèmes du délire sont multiples (influence, persécution, hypochondrie, mystique et pus rarement mégalomanie, protection).
Non seulement le patient est en décalage avec les autres, mais il semble vouloir se retirer dans son monde intérieur, fait de rêveries autistiques. Les autres ne semblent être d’aucun intérêt, tout comme les activités qu’ils prônent. Ses besoins sont, en fait, annihilés. Autrement dit, il n’a pas besoin de sortir de son lit (clinophilie), de sa chambre, et même n’a pas besoin de se laver, ni de se changer de vêtements (incurie). Sur des périodes il ne mange plus ou sinon engouffre tout sans préparation préalable.
Un patient souffrant de schizophrénie s’inscrit, ainsi, dans la rupture. Rupture dans son fonctionnement psychique, rupture dans son rapport au monde.